Listen ►J'ouvrais la porte de l'appartement et trouvais Richard dans un état encore jamais vu. Il avait au moins trois bouteilles d'alcool à côté de son fauteuil et il tenait une autre bouteille dans la main. Je posais mon sac dans le salon lorsqu'il m'interpela.
- T'étais où ?
- J'étais en ville, dis-je.
- Et qu'est-ce que tu faisais en ville ? demanda-t-il d'un ton incertain.
- J'accompagnais une amie à son cours de danse, mentis-je.
- Menteuse, tu es allée voir un copain c'est ça.
- N'importe quoi, répliquai-je, tu dis vraiment que de la m*rde.
- Il t'a bien pris j'suis sûr, continua-t-il, mais il reste avec toi juste pour te sauter tu sais. T'es qu'une trainée. Tu mérites rien d'autre.
- Mais tu sais tu ferais mieux de te la fermer, m'emportais-je, parce que je n'ai pas de copain. Si t'étais moins bourré tu dirais pas ça.
- Je suis pas bourré, je suis très bien. Je dis juste la vérité. T'es une pourriture, une trainée. Une erreur de la nature parce que ta mère était comme toi. Une sal*pe qui écartait les jambes dès le premier soir. A force de faire la p*te voilà ce qui arrive...
- C'est toi la pourriture. C'est toi qui l'a rendue comme ça !
- Quoi ? dit-il, répète-moi ça ?
- C'est toi qui a rendu ma mère comme ça, répétais-je, t'es qu'un sale pourri.
Il se leva, titubant. Malgré tout ce que j'avais enduré, je demeurais têtue et mon fort tempérament me poussait toujours à la révolte. Il s'approcha de moi et je me reculais quelque peu, un éclair de satisfaction traversa son visage.
- Tu as peur ? demanda-t-il.
Je fis non de la tête et il s'approcha de moi.
- Si ta mère est devenue comme ça, si elle est obligée d'avaler tout ces cachetons c'est tout simplement à cause de toi. Parce qu'elle ne voulait pas de toi, mais elle t'a gardé parce qu'elle a des pseudos principes de femmes, elle voulait pas avorter parce que selon elle c'est de l'assassinat... Elle aurait mieux fait, ça aurait été un assassinat bénéfique puisqu'il aurait rendu un vrai service à l'humanité.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ? demandai-je la gorge nouée.
- Oui... dit-il dans un sourire démoniaque, je dis ce qui est. Tu lui as pourri sa vie, elle a voulu s'occuper de toi et regarde où elle en est par ta faute ! Elle a plus rien. Heureusement que je suis là. Elle est au bord du suicide et tout ça à cause de toi, parce que t'es qu'une pauvre c*nne qui en demande toujours trop.
- C'est pas vrai, répliquai-je.
- Ah bon ? Tu crois ? Et ton p*tain de M.Pokora à la c*n que t'écoutes en boucle. Pauv' hystérique. Tu l'auras jamais ce mec, il en a rien à foutre de ta sale vie de m*rde. Si il t'arrivait quelque chose tu crois qu'il s'en soucierait ? Tu peux crever dès ce soir que ça changera rien à sa vie !
Je le regarde dans les yeux, ces derniers sont complètement explosés. Je ne cesse de me répéter que je ne dois pas croire tout ce qu'il me dit et que c'est son état d'ébriété qui lui fait dire ces atrocités.
Le lendemain soir, j'effectuais mon premier jour de travail dans la boutique de vêtements. Je devais déballer les cartons et ranger les vêtements selon leur numéro dans des rayons différents de l'arrière boutique. Je me sentais vraiment utile dans cette boutique, en une heure et demie je triais plus de dix cartons sur les quarante de la commande, la vendeuse qui était toujours sur place à ces heures là me félicitait de mon efficacité. Je la remerciais. Je remontais mes manches, ces efforts faisaient monter ma température corporelle. Les yeux de la vendeuse se tournèrent sur mes bras graciles et son expression changea. Je remettais mes manches sur mes membres et elle releva les yeux vers mon visage, se forçant à sourire.
- J'y retourne, dis-je d'un ton faussement léger.
Après cet évènement quelque peu étrange, je n'accordais plus une parole à la vendeuse, de peur qu'elle ne me pose des questions. Je rentrais chez moi, une fois mon travail fini. Elle me félicita et je partis en direction de mon immeuble, à dix minutes de la rue marchande. Je marchais d'un pas rapide la tête baissée, à fond dans ma chanson.
"Je me rapelle le jour,
Où je t'ai vu mon amour,
Au détour d'une ruelle,
Qui aurait pu imaginer,
Que le destin,
Fougueux comme je l'étais,
Aurait pu nous rapprocher,
Tu m'es apparu si belle,
A mes yeux comme une étincelle,
Qui me donne un nouvel avenir,
Tant de plaisir,
Je t'aime au-delà de toutes mes limites."
C'est alors que je bousculai quelqu'un, j'étais tellement perdue dans les paroles de la chanson et dans mes pensées que je marchais tête basse, connaissant le chemin par coeur. Je relevais la tête, enlevant mes écouteurs, les yeux pleins de larmes. C'était un jeune homme, d'environ une vingtaine d'années, je restais figée en le voyant. Il avait les yeux d'un bleu impressionnant, ses lèvres fines et bien dessinées...
- Matt ? demandais-je bêtement.
- Ah non désolé, répondit l'autre en souriant, moi c'est Nathan.
- Excusez-moi, bulbutai-je.
Je reprends mon chemin et me retourne encore pour regarder le jeune homme continuer le sien. Quelle idiote je suis. Tellement perdue dans mes pensées, et tellement emportée par la chanson de M.Pokora que j'avais pris ce gars pour lui. Je suis vraiment débile quand je m'y mets... Je pénétrais dans mon immeuble quelques instants plus tard et croisais une voisine en grimpant les escaliers. J'arrivais devant la porte de l'appartement et je sentais un énorme poids tomber dans mon ventre. La peur s'emparait-elle de moi ? Je n'avais pas envie de rentrer, je n'avais pas envie de le voir. Ma mère devait encore être en train de dormir. Elle ne faisait que ça et je savais qu'il ne devait pas faire autre chose que boire... J'ouvris la porte le plus discrètement possible, j'entendis des éclats de voix dans la cuisine. Ma mère semblait parler avec Richard. J'avançais silencieusement, tentant d'épier leur conversation.
En début de chapitre, je mets un lien vers une chanson qui correspond au chapitre, si vous voulez l'écouter en même temps...
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